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AU NEZ DE LA LETTRE #8 - Ganymède (Marc-Antoine Barrois, 2019)

  • Photo du rédacteur: Samuel Douillet
    Samuel Douillet
  • 15 déc. 2023
  • 2 min de lecture

Marc-Antoine Barrois, couturier parisien de son état (spécialisé dans le sur-mesure), collabore dès 2017 avec le parfumeur Quentin Bisch pour lancer sa première fragrance, répondant au nom astral de B683 (croisement de la planète B612 dans Le Petit Prince et de la date de naissance du couturier susmentionné). Deux années plus tard, les deux grands enfants remettent le couvert avec une création plus audacieuse et innovante - voire segmentante - qui sera baptisée Ganymède, en référence tant au satellite naturel de la planète Jupiter qu’au “plus beau des mortels” dans la mythologie grecque. Voilà pour la narration officielle.


Ganymède est un parfum qui a connu un énorme succès, surtout en Russie, en grande partie grâce aux réseaux sociaux, et qui chaque jour assoit de plus en plus sa position parmi les parfums de niche qui connaissent le succès commercial. Mais à quel récit implicite adhère-t-on lorsqu'on achète Ganymède ? De la rareté, de la séduction, du show-off, du secret ? 


Selon moi, on y achète une certaine affirmation de notre propre bizarrerie, notre enfant intérieur qui bien souvent doit être gardé au fond de notre âme lorsqu’on devient adulte. C’est un parfum qui parle d’étoiles, de beauté, d’étrangeté, d’ombre et de lumière. Un parfum pour les tête-en-l’air, les rêveurs, les introvertis qui préfèrent l’odeur à la parole, mais qui souhaitent le déclarer avec panache.


Et que sent-il, Ganymède ?


Et bien, c’est vrai qu’il est assez unique, ou tout au moins, archi-reconnaissable - une vraie signature olfactive, quelle qu’elle soit, est souvent un bon ingrédient pour le succès. C’est un parfum indéniablement minéral, cuiré, vert, boisé, froid et chaud à la fois, très abstrait. Pour simplifier, il n’est absolument pas doux, rond, ambré, sucré ou oriental, il est donc vu plutôt comme quelque chose de frais voire joyeux, parfait à partir du printemps (ce qui n’est pas forcément le cas, tellement il est puissant, mais le côté vert voire fruité poussé à fond par les bois renforce cette perception).


On y sent assez bien le safran - épice qui ne sent pas les épices mais le cuir -  et un captif au procédé biotechnologique mystérieux nommé Akigalawood (Givaudan), qui laisse une signature de patchouli métallisé, minéral voire fer chaud. Un accord d’osmanthus et de feuille de violette apporte cette dimension verte et fruitée. En gros, les nouveaux verts de la parfumerie sont très modernes, gonflés à bloc par les bois secs, modernes et moléculaires. C’est la fraîcheur du XXIème siècle, et Ganymède l’intègre dans son noyau de “weirdness” pour en faire un parfum à la personnalité bien assumée.


LA PROMESSE ? Affirmez bien fort votre tête en l’air !


Welcome back to Claire Campi aux crayons ! 



 
 
 

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